Après l’échec du département de la Défense à respecter la date limite du 14 avril pour transmettre 46 vidéos d’UAP au Congrès, la représentante Anna Paulina Luna monte au créneau. Dans une interview accordée à Matt Gaetz sur One America News Network, elle invoque directement la directive de déclassification du président Trump pour forcer la main du Pentagone.
Un bras de fer institutionnel qui s’intensifie
L’escalade entre le pouvoir législatif et l’exécutif autour de la transparence UAP atteint un nouveau palier. Anna Paulina Luna, présidente de la Task Force sur la Déclassification des Secrets Fédéraux, avait fixé au Pentagone une échéance précise : livrer avant le 14 avril 2026 quarante-six vidéos spécifiques d’observations de phénomènes anormaux non identifiés. Cette demande fait suite aux révélations de lanceurs d’alerte lors d’une audition du 9 septembre 2025, confirmant que l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office) détenait bien des enregistrements supplémentaires d’UAP.
Face au silence initial du département de la Défense, Luna a dû franchir un échelon supplémentaire : contacter directement la Maison Blanche. « Ce n’est pas vraiment leur décision à prendre », a-t-elle déclaré avec fermeté lors de l’interview du 16 avril, rejetant la proposition du Pentagone d’organiser un simple briefing « à une date ultérieure ».
La directive Trump comme levier politique
L’argumentaire de Luna s’appuie sur la directive présidentielle annoncée par Donald Trump le 20 février 2026 sur Truth Social. Le président avait alors ordonné la déclassification des fichiers gouvernementaux liés aux « phénomènes anormaux non identifiés, à la vie extraterrestre et aux ovnis », invoquant un « intérêt considérable » du public américain. Cette initiative présidentielle active un processus d’examen interagences qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire années.
« J’ai une relation amicale avec le secrétaire Hegseth et je comprends parfaitement la directive du président Trump », a souligné Luna, faisant référence au secrétaire à la Défense Pete Hegseth qui avait confirmé que le Pentagone était « en pleine conformité » avec les instructions présidentielles, malgré l’ampleur inattendue de cette tâche.
Des menaces à peine voilées contre la bureaucratie militaire
La représentante républicaine n’a pas mâché ses mots concernant les résistances internes : « Quiconque essaie de faire le malin au Pentagone va se faire écraser ». Cette mise en garde directe vise les bureaucrates qui tenteraient de bloquer la divulgation, Luna précisant que « Pete Hegseth ne saperait pas le président » et que « ces documents ont été ordonnés pour publication ».
Cette posture offensive reflète les frustrations croissantes du Congrès face aux obstacles rencontrés dans l’accès aux informations classifiées. L’AARO gère actuellement plus de 2 000 cas d’UAP, dont environ 1 000 manquent de données suffisantes pour l’analyse, selon les derniers rapports disponibles. Les défis de classification sont souvent liés à la protection des capacités technologiques militaires plutôt qu’à la nature des phénomènes observés.
Un contexte scientifique en mutation
Cette bataille politique intervient alors que la recherche académique sur les UAP gagne progressivement en légitimité. Des initiatives comme le centre IFEX de l’université de Würzburg développent des systèmes automatisés de capture, tandis que le projet Galileo de Harvard, dirigé par Avi Loeb, constitue l’un des rares efforts scientifiques formels dans ce domaine.
Une étude publiée dans Nature en 2023 révélait d’ailleurs que les professeurs d’université commencent à considérer la recherche UAP comme légitime malgré la stigmatisation historique. Cette évolution du paysage académique contraste avec les résistances persistantes des institutions gouvernementales.
L’enjeu de la transparence démocratique
Au-delà des spéculations sur la nature des phénomènes observés, cette controverse soulève des questions fondamentales sur la transparence démocratique et le contrôle parlementaire des activités militaires classifiées. La stratégie de Luna, consistant à invoquer l’autorité présidentielle pour contourner les résistances bureaucratiques, illustre les limites du système de classification traditionnel face aux nouvelles exigences de divulgation.
L’enregistrement du domaine alien.gov par le département de la Sécurité intérieure comme portail potentiel de divulgation publique témoigne de l’ampleur des changements en cours. Reste à voir si cette pression politique parviendra à briser définitivement le mur du secret qui entoure depuis des décennies les observations d’UAP par les forces armées américaines.