Avec plus de 2 000 dossiers UAP désormais sous investigation, l’office du Pentagone affiche une activité record. Pourtant, cette intensification contraste avec un silence communicationnel troublant qui perdure depuis plus d’un an.
Le paradoxe s’intensifie au cœur du dispositif américain d’étude des phénomènes aériens non identifiés. Alors que l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office) du Pentagone traite désormais plus de 2 000 cas UAP, soit une augmentation d’au moins 400 dossiers depuis fin 2024, l’office maintient un silence quasi-total sur ses conclusions. Cette révélation, rapportée le 25 février par DefenseScoop, met en lumière les tensions croissantes entre promesses politiques de transparence et réalité opérationnelle.
Un afflux de témoignages sans précédent
La porte-parole du Pentagone Sue Gough a confirmé à DefenseScoop que l’AARO « examine plus de 2 000 cas UAP », marquant une progression significative par rapport aux « plus de 1 600 rapports » comptabilisés lors de la dernière mise à jour publique de fin 2024. Cette augmentation de 25% en quelques mois témoigne d’une dynamique de signalement qui s’accélère au sein des forces armées américaines.
Toutefois, la qualité des données demeure problématique. Selon les informations transmises, environ 1 000 rapports « manquent de données suffisantes pour être analysés » et sont conservés dans une archive active, susceptible d’être rouverte si de nouvelles informations émergent. Cette proportion de 50% de dossiers incomplets souligne les défis méthodologiques persistants dans la collecte d’informations sur ces phénomènes.
Les engagements de Hegseth face aux pressions du Congrès
Dans ce contexte, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a réaffirmé son engagement à respecter la directive exécutive de Trump sur la déclassification UAP. « Le Pentagone sera en pleine conformité avec cet ordre exécutif », a-t-il déclaré, tentant de rassurer une opinion publique et un Congrès de plus en plus impatients.
Cette déclaration intervient alors que les parlementaires américains maintiennent une pression constante. Le Congrès avait notamment exigé la remise de 46 vidéos militaires UAP au Pentagone pour le 14 avril 2026, échéance qui n’a pas été respectée, créant de nouvelles tensions institutionnelles. La représentante Anna Paulina Luna, qui dirige un groupe de travail parlementaire actif sur la déclassification UAP, continue de réclamer une transparence accrue, évoquant même l’hypothèse d' »êtres interdimensionnels » plutôt qu’extraterrestres.
Un silence communicationnel qui interroge
Le contraste est saisissant : malgré l’accumulation de cas et les promesses politiques, l’AARO n’a publié ni rapport annuel non classifié, ni rapport sur le registre historique depuis plus d’un an. Interrogée sur cette inaction communicationnelle par DefenseScoop, la porte-parole du Pentagone s’est contentée d’une réponse laconique : « Nous n’avons rien à annoncer pour le moment. »
Cette situation créé un vide informationnel préoccupant alors que le cadre législatif existant, notamment l’UAP Transparency Act, exige théoriquement la déclassification dans les 270 jours. Des représentants du Congrès appellent désormais à des publications détaillées de ces enregistrements, en vertu de ces obligations légales.
Les défis scientifiques persistent
En parallèle des enjeux politiques, les défis scientifiques demeurent considérables. L’AARO a organisé récemment un atelier secret avec des experts académiques pour améliorer la collecte et l’analyse des données UAP via l’intelligence artificielle. Cette démarche reflète la reconnaissance des lacunes méthodologiques actuelles.
La NASA, de son côté, maintient sa position officielle d’absence de preuves d’origine extraterrestre tout en appelant à de meilleures données scientifiques. Mark McInerney, nommé directeur de recherche UAP à la NASA, collaborate avec l’AARO tout en maintenant une approche scientifique civile distincte des programmes militaires classifiés.
Corrélations troublantes avec les sites sensibles
Les recherches académiques apportent un éclairage nouveau sur les patterns d’observation. Une étude statistique récente de Beatriz Villarroel et Stephen Bruehl révèle une corrélation significative entre les observations UAP et les installations nucléaires entre 1949-1957, avec un taux 45% plus élevé lors d’essais nucléaires.
Cette corrélation historique trouve des échos contemporains : en 2026, les survols de bases nucléaires se poursuivent aux États-Unis, au Danemark et en Allemagne. La base d’Eglin a notamment été survolée pendant trois semaines consécutives, contraignant les F-22 au sol, selon des sources militaires.
Alors que l’AARO accumule les dossiers dans le plus grand silence, la discordance entre l’activité interne et la communication publique ne fait que renforcer les interrogations sur les véritables enjeux de ces phénomènes. Le printemps 2026 pourrait marquer un tournant, entre transparence promise et réalité opérationnelle.