Un mois après sa publication dans Nature Reviews Neurology, le modèle NEPTUNE, qui prétendait expliquer scientifiquement les expériences de mort imminente, essuie les critiques de spécialistes renommés. Pour Bruce Greyson et Marieta Pehlivanova de l’Université de Virginie, la neurophysiologie seule ne peut rendre compte de ces phénomènes complexes.
Le 13 janvier 2026, deux figures emblématiques de la recherche sur les phénomènes de conscience extraordinaires ont jeté un pavé dans la mare scientifique. Bruce Greyson et Marieta Pehlivanova, chercheurs à la prestigieuse Division of Perceptual Studies de l’Université de Virginie, ont publié une critique méthodique du modèle NEPTUNE (Neurophysiological Evolutionary Psychological Theory Understanding Near-Death Experience), développé par l’équipe internationale de Charlotte Martial de l’Université de Liège.
Un modèle ambitieux mais incomplet
Publié en mars 2025 dans Nature Reviews Neurology, le modèle NEPTUNE représentait une tentative sans précédent d’expliquer les expériences de mort imminente (EMI) par une approche neurophysiologique intégrée. S’appuyant sur plus de 300 études, l’équipe de Charlotte Martial proposait un cadre théorique combinant processus neurobiologiques, psychologiques et évolutionnaires pour rendre compte de ces expériences rapportées par millions de personnes dans le monde.
Selon NEPTUNE, les EMI résulteraient d’une cascade de processus concomitants déclenchés par l’hypoxie cérébrale : modifications des gaz sanguins, activation massive de neurotransmetteurs, et mécanismes adaptatifs de défense face au stress vital extrême. Une théorie séduisante qui semblait enfin apporter une explication matérialiste à ces phénomènes longtemps cantonnés aux marges de la science.
Des lacunes fondamentales selon l’expertise virginienne
Mais pour les chercheurs de l’UVA, cette approche présente des failles rédhibitoires. « Les hallucinations neurologiques classiques n’impliquent généralement qu’un seul sens, auditif ou visuel », soulignent Greyson et Pehlivanova dans leur analyse. « Or, les EMI sont fondamentalement multisensorielles et marquent profondément la mémoire pendant des décennies, ce qui les distingue radicalement des phénomènes hallucinatoires traditionnels. »
La critique porte également sur l’explication des expériences hors du corps (EHC), pilier des témoignages d’EMI. Le modèle NEPTUNE attribue ces phénomènes à l’activation de la jonction temporo-pariétale (JTP), région cérébrale impliquée dans la conscience corporelle. Cependant, les recherches récentes utilisant la stimulation électrique ou magnétique du JTP révèlent des expériences « très différentes » des EMI authentiques, selon les experts virginiens.
Quand les aveugles voient : un défi théorique majeur
L’une des énigmes les plus troublantes concerne les cas documentés d’aveugles de naissance rapportant des perceptions visuelles détaillées durant leur EMI. Ces témoignages, étudiés par la Division of Perceptual Studies depuis des décennies, remettent en question les théories hallucinatoires simples et posent un défi théorique majeur aux explications neurophysiologiques classiques.
Les recherches les plus récentes utilisant la psilocybine ont d’ailleurs révélé que les véritables expériences hors du corps impliquent des modifications complexes de connectivité entre le JTP et l’insula, suggérant des mécanismes bien plus sophistiqués que la simple activation d’une région cérébrale isolée.
Un dialogue scientifique nécessaire
Malgré leurs critiques, Greyson et Pehlivanova saluent l’effort méthodologique de l’équipe de Charlotte Martial. « Nous reconnaissons l’ambition louable d’apporter de la rigueur scientifique à ce domaine de recherche », précisent-ils. Leur position n’est pas celle du rejet mais de l’appel à la prudence épistémologique.
La Division of Perceptual Studies, dirigée depuis janvier 2025 par Julie Exline après la retraite de Jim Tucker, perpétue depuis près de soixante ans une approche rigoureusement scientifique des phénomènes anomaux de conscience. Financée principalement par des fonds privés en raison de la nature « non-mainstream » de ses recherches, cette institution reste l’une des rares à maintenir un programme de recherche académique sur ces questions controversées.
Vers une science des phénomènes limites
Cette controverse illustre parfaitement les défis épistémologiques auxquels font face les chercheurs tentant de comprendre les expériences de conscience extraordinaires. Entre les approches strictement matérialistes et les interprétations spiritualistes, la science peine encore à trouver un cadre théorique satisfaisant pour ces phénomènes qui touchent pourtant une part significative de l’humanité.
« La neurophysiologie seule ne peut pas encore expliquer les EMI », concluent les chercheurs virginiens, « bien que celles-ci soient généralement déclenchées par des événements physiologiques. » Un constat d’humilité scientifique qui appelle à poursuivre les recherches empiriques et le dialogue interdisciplinaire, seules voies pour progresser dans la compréhension de ces mystères de la conscience humaine.