Dans son numéro de mai 2026, le prestigieux Fortean Times lance une série inédite sur la préhistoire des mythes ufologiques. L’enquête de Nigel Watson révèle comment l’épisode méconnu d’Aurora (Texas) en 1897 préfigure déjà toute la dramaturgie moderne des crashs extraterrestres. Une remise en perspective qui ébranle la centralité supposée de Roswell dans l’histoire des OVNI.
Le numéro 470 du Fortean Times, disponible sur la plateforme Zinio depuis mai 2026, inaugure une série ambitieuse qui promet de bousculer les idées reçues de l’ufologie contemporaine. « Crashing to Earth », enquête en trois volets signée par le chercheur britannique Nigel Watson, entreprend de retracer la généalogie méconnue du mythe des crashs d’objets volants non identifiés, bien antérieure au célèbre incident de Roswell.
Aurora 1897 : le Roswell du XIXe siècle
Watson débute son investigation par l’épisode d’Aurora, petite ville du Texas où, le 17 avril 1897, le journaliste S.E. Haydon rapporte dans le Dallas Morning News qu’un mystérieux aéronef s’est écrasé. Le récit mentionne la découverte du corps du pilote, décrit comme « pas de ce monde », et son inhumation dans le cimetière local. Cet événement survient au cœur de la vague d’« airships fantômes » qui défraye alors la chronique américaine, des décennies avant les premiers vols des frères Wright.
L’analyse de Watson révèle que ces témoignages de 1896-1897 décrivent déjà des objets cigariformes équipés de projecteurs puissants, parfois accompagnés d’occupants à l’apparence humaine. Contrairement aux récits post-1947, ces rencontres présentent des interactions banales, dépourvues de l’imagerie extraterrestre qui caractérisera l’ufologie moderne.
Une construction narrative séculaire
La série du Fortean Times entend démontrer que Roswell, loin d’être un événement fondateur isolé, s’inscrit dans une longue tradition de récits d’épaves aériennes inexpliquées. Les recherches récentes confirment cette approche généalogique : l’incident de 1947 au Nouveau-Mexique, initialement expliqué par les débris du projet militaire secret Mogul, ne fut réinterprété en crash extraterrestre que dans les années 1970-80, grâce aux témoignages tardifs de témoins comme Jesse Marcel.
Plus troublant encore, les analyses contemporaines révèlent que des sources majeures du mythe de Roswell, comme Frank Kaufmann, furent exposées comme des faussaires après leur mort. Le cas d’Aztec (1948), qui introduisit les premiers récits de « petits gris » et d’alliages inexpliqués, illustre également cette construction progressive du folklore ufologique.
L’approche fortéenne face aux certitudes ufologiques
Cette déconstruction méthodique s’inscrit dans la lignée éditoriale traditionnelle du Fortean Times, fondé en 1973 par Bob Rickard et publié depuis décembre 2021 par Diamond Publishing. Le magazine britannique, avec ses 14 800 exemplaires mensuels, maintient une approche singulière : ni crédule ni sceptique radical, mais attaché à documenter rigoureusement l’anomal sans préjugés.
Nigel Watson, contributeur historique de la revue, applique cette méthode aux phénomènes aériens non identifiés en révélant les patterns récurrents qui traversent plus d’un siècle de témoignages. Son travail met en évidence comment les vagues d’airships du XIXe siècle mélangent déjà méprises astronomiques, canulars journalistiques et projections technologiques collectives.
Une mémoire sélective de l’ufologie
L’enquête du Fortean Times pointe une lacune majeure de l’ufologie contemporaine : sa tendance à traiter Roswell comme un événement inaugural, occultant délibérément ses antécédents historiques. Cette amnésie collective permet de maintenir l’illusion d’une rupture ontologique en 1947, masquant la continuité structurelle des récits de contacts aériens depuis le XIXe siècle.
Les recherches d’Enigma Labs et d’autres organismes documentent désormais cette « préhistoire » avec une précision inédite, révélant que les États-Unis ont connu leur première vague OVNI de masse cinquante ans avant l’ère spatiale. Cette perspective historique élargie transforme radicalement la compréhension des phénomènes aériens non identifiés, les replaçant dans un continuum culturel et sociologique de longue durée.
En attendant les deux prochains volets de « Crashing to Earth », cette première enquête du Fortean Times invite à reconsidérer l’histoire officielle de l’ufologie. Une démarche salutaire qui rappelle que la vérité des phénomènes anomaux réside peut-être moins dans leurs explications que dans leur persistance à défier nos catégories de pensée.