HD 137010 b, une planète de la taille de la Terre orbitant en 355 jours autour d’une étoile à 146 années-lumière, vient d’être révélée grâce à l’analyse participative des données Kepler. Plus froide que Mars mais potentiellement habitable avec une atmosphère adéquate, elle représente une cible privilégiée pour les futurs télescopes.
Dans les vastes archives du télescope spatial Kepler se cachait un trésor : HD 137010 b, une planète candidate de la taille de la Terre qui pourrait redéfinir notre compréhension des mondes habitables. Découverte par l’équipe internationale d’Alexander Venner de l’Institut Max Planck pour l’astronomie, cette exoplanète présente un profil unique dans le catalogue toujours croissant des mondes extrasolaires.
Un monde aux confins de l’habitabilité
Située à 146 années-lumière de la Terre, HD 137010 b orbite autour d’une étoile naine K, plus froide que notre Soleil, en 355 jours – une période remarquablement similaire à notre année terrestre. Avec un rayon de 1,06 fois celui de la Terre, cette planète candidate se distingue par sa position à la limite externe de la zone habitable de son système stellaire.
Les calculs de l’équipe, publiés dans The Astrophysical Journal Letters le 27 janvier 2026, révèlent que HD 137010 b ne reçoit que 29% du flux d’énergie que la Terre reçoit du Soleil. Sa température d’équilibre est estimée à -68°C, potentiellement plus froide que Mars. Cette caractéristique place la planète dans une situation paradoxale : elle pourrait être à la fois glaciale et habitable.
L’effet de serre comme clé de l’habitabilité
« La probabilité qu’elle se situe dans la zone habitable conservatrice est de 40%, et de 51% dans la zone habitable optimiste », explique Alexander Venner, ancien doctorant à l’Université du Queensland du Sud. Cette incertitude soulève une question fondamentale : comment un monde si froid pourrait-il abriter la vie ?
La réponse réside dans l’atmosphère. Si HD 137010 b possède une atmosphère riche en dioxyde de carbone, l’effet de serre pourrait piéger suffisamment de chaleur pour permettre l’existence d’eau liquide en surface. Ce scénario transformerait un monde apparemment stérile en oasis potentielle, rappelant que l’habitabilité dépend autant de la composition atmosphérique que de la distance à l’étoile hôte.
La puissance de la science participative
La découverte de HD 137010 b illustre parfaitement la valeur de la science participative. Initialement repérée par des volontaires du projet Planet Hunters, cette planète candidate est restée cachée dans les données de la mission K2 de Kepler jusqu’à ce que des citoyens scientifiques identifient son signal singulier.
Le projet Planet Hunters, lancé en 2010 par Debra Fischer à Yale et intégré au réseau Zooniverse, exploite les capacités de reconnaissance de motifs humains pour identifier des signaux que les algorithmes automatisés peuvent manquer. Depuis 2018, Planet Hunters TESS a découvert 284 candidats exoplanétaires et confirmé 15 exoplanètes, démontrant l’efficacité de cette approche collaborative.
« Il s’agit du plus petit candidat planétaire détecté à partir d’un seul transit autour d’une étoile semblable au Soleil », souligne Venner, qui avait lui-même participé au projet en tant qu’étudiant avant de diriger cette recherche.
Un laboratoire céleste unique
HD 137010 b présente des caractéristiques exceptionnelles qui en font une cible privilégiée pour les observations futures. Contrairement à d’autres analogues terrestres comme Kepler-186f, quatre fois plus éloignée et vingt fois plus faible, HD 137010 b orbite autour d’une étoile suffisamment brillante et proche pour permettre des études atmosphériques détaillées.
Cette proximité relative ouvre des perspectives inédites pour la caractérisation atmosphérique. Les télescopes TESS et CHEOPS pourraient confirmer son existence par des observations de suivi, tandis que le télescope spatial James Webb pourrait analyser sa composition atmosphérique par spectroscopie, recherchant d’éventuelles biosignatures.
Vers une nouvelle génération d’études exoplanétaires
Dans un catalogue de plus de 6000 exoplanètes connues, dominé par des géantes gazeuses et des mondes extrêmement chauds, HD 137010 b représente une rareté : une planète terrestre potentiellement habitable autour d’une étoile accessible aux observations de suivi.
Cette découverte souligne également l’importance de continuer à exploiter les archives de missions spatiales terminées. Les données de Kepler, collectées jusqu’en 2018, continuent de révéler des trésors cachés grâce aux nouvelles techniques d’analyse et à l’œil humain.
Si les observations futures confirment son existence et révèlent une atmosphère propice, HD 137010 b pourrait devenir un laboratoire naturel unique pour comprendre comment la vie pourrait émerger sur un monde glacé aux confins de l’habitabilité, redéfinissant nos critères de recherche des mondes vivants dans l’univers.