Les signalements de grands félins au Pays de Galles s’accumulent à un rythme inhabituel. En moins d’une semaine, le Centre for Fortean Zoology a publié deux séries de rapports distincts, le 11 mai 2026 puis le 14 mai. Cette cadence de publication traduit une activité de terrain qui interpelle aussi bien les chercheurs que les autorités galloises.
Deux publications en cinq jours : un signal que le CFZ prend au sérieux
Le 11 mai 2026, le Centre for Fortean Zoology (CFZ) publie un nouveau lot de rapports d’observations de grands félins au Pays de Galles. Cinq jours plus tard, une deuxième publication suit sur le même sujet. Ce rythme soutenu n’est pas anodin. Le CFZ, fondé en 1992 et basé à Woolfardisworthy, est la plus ancienne organisation cryptozoologique active au monde. Depuis 1994, il publie le journal Animals & Men, référence internationale du secteur. Son directeur zoologique, Richard Freeman, ancien gardien de zoo à Twycross, supervise la collecte et l’analyse systématique des données. En publiant ces rapports au fil de l’eau, le CFZ joue un rôle d’archiviste national que nulle institution publique n’assume formellement.
Une hausse documentée des signalements gallois en 2026
Ces publications s’inscrivent dans un contexte chiffré. L’organisation Puma Watch North Wales rapporte une hausse de 74 % des signalements au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025. Depuis 2019, l’organisation a enregistré plus de 800 rapports. Par ailleurs, le gouvernement gallois a publié en juin 2026, en réponse à une demande Freedom of Information, des données couvrant la période 2020-2025. Ces données révèlent environ quinze enquêtes officielles, incluant des analyses vidéo et des consultations avec des experts du zoo de Chester. Le gouvernement confirme enregistrer les signalements, mais ne dispose d’aucun protocole formel. Les menaces jugées sérieuses pour la sécurité humaine sont simplement renvoyées vers la police.
En outre, l’automne 2025 avait déjà connu une vague notable dans le nord du Pays de Galles, sur l’île d’Anglesey et la péninsule de Llŷn. Le CFZ avait alors documenté des témoignages décrivant des animaux aux oreilles pointues et aux longues queues épaisses. Un rapport daté du 28 novembre 2025 à Pwllheli mentionnait un puma aperçu sur un site de caravanes. Les signalements de mai 2026 prolongent donc une dynamique amorcée plusieurs mois plus tôt.
Léopards noirs, pumas, lynx : que décrivent les témoins ?
Les descriptions recueillies par le CFZ et Puma Watch convergent sur plusieurs types d’animaux. Les témoins évoquent principalement des léopards noirs (mélaniques), des pumas et, plus rarement, des lynx. Ces animaux partagent des caractéristiques qui les distinguent nettement d’un chien ou d’un chat domestique agrandis par un effet d’échelle — argument que les sceptiques avancent régulièrement. La concentration géographique des signalements suggère, selon certains chercheurs, des territoires établis en fonction de la disponibilité des proies et du couvert végétal. Cependant, aucune preuve matérielle définitive — spécimen vivant, carcasse ou empreintes fiables — n’a été établie à ce jour pour le Royaume-Uni dans son ensemble. Cette absence reste le nœud central du débat scientifique.
L’hypothèse des animaux relâchés : une piste sérieuse
D’où viendraient ces animaux, si leur présence se confirmait ? Plusieurs pistes existent. La plus solide historiquement remonte au Dangerous Wild Animals Act de 1976. Cette loi britannique a contraint de nombreux propriétaires d’animaux exotiques à se séparer de leurs bêtes. La propriétaire de cirque Mary Chipperfield a confirmé avoir relâché trois pumas dans les années 1970. Plus récemment, une analyse de la Born Free Foundation révèle qu’environ 320 félins sauvages, dont 61 grands félins, étaient détenus légalement sur des propriétés privées britanniques sans licence de zoo en 2020-2021. Le nombre d’animaux exotiques de compagnie a doublé depuis 2000. Dès lors, le risque d’évasions depuis des enclos extérieurs reste réel et mécanique. L’évasion de Lilith, un lynx d’un zoo gallois, en mai 2025, a d’ailleurs ravivé l’attention médiatique sur ce point précis.
Entre témoignages et preuves : où en est la recherche ?
Le paradoxe britannique reste entier. Des centaines de témoignages arrivent chaque année. Pourtant, aucune preuve physique irréfutable n’émerge. Les médias grand public traitent souvent le sujet de façon réductrice : la BBC Countryfile classe ainsi ces animaux parmi les « créatures mythiques ». En revanche, des organisations comme le CFZ ou Puma Watch adoptent une démarche documentaire rigoureuse, en archivant chaque signalement avec ses coordonnées, sa date et sa description précise. La multiplication des rapports gallois en mai 2026 ne prouve pas l’existence d’une population établie. Néanmoins, elle constitue un signal que les chercheurs spécialisés ne peuvent ignorer. Une investigation de terrain approfondie, combinant caméras-pièges, analyses d’empreintes et expertise vétérinaire, reste la seule voie pour trancher. À ce jour, elle n’a pas encore été engagée de façon coordonnée au Pays de Galles.