Signé le 18 décembre 2025, le National Defense Authorization Act (NDAA) pour l’année fiscale 2026 impose au Pentagone une transparence inédite sur les opérations d’interception d’objets aérospatiaux non identifiés menées depuis 2004 par NORAD et NORTHCOM. En parallèle, la loi H.R.1187 promet une déclassification totale de tous les documents UAP fédéraux. Le cadre légal se resserre autour d’un sujet jusqu’ici géré dans l’opacité.
Les législateurs américains franchissent un nouveau palier dans leur quête de transparence sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (UAP). Après des années de rapports fragmentaires et de frustrations parlementaires, le National Defense Authorization Act pour l’année fiscale 2026 (NDAA FY2026), promulgué le 18 décembre 2025 avec un budget record de 900,6 milliards de dollars, impose désormais au Pentagone des obligations de reporting sans précédent. Trois dispositions spécifiques contraignent l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO) à lever le voile sur deux décennies d’interceptions militaires aux abords du territoire nord-américain.
Vingt ans d’opérations sous le radar législatif
La première directive du NDAA FY2026 ordonne à l’AARO de briefer le Congrès sur toutes les interceptions d’UAP menées depuis 2004 par le Commandement de défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) et le Commandement nord des États-Unis (NORTHCOM). Selon DefenseScoop, qui a analysé le texte législatif, ces briefings devront préciser le nombre, la localisation géographique et la nature exacte de chaque interception, ainsi que les procédures opérationnelles déployées et les données collectées durant ces missions. Une deuxième disposition consolide les exigences de reporting et garantit à l’AARO un accès immédiat aux données UAP détenues par l’ensemble des composantes du Département de la Défense et de la communauté du renseignement. Enfin, une troisième directive impose à l’AARO de rendre compte des guides de classification de sécurité régissant ses rapports et enquêtes.
Ces mesures répondent à une préoccupation croissante : le général Gregory Guillot, commandant de NORAD/NORTHCOM, a révélé en février 2025 devant le Sénat que 350 détections de drones avaient été enregistrées en 2024 sur 100 installations militaires différentes, tous niveaux de sécurité confondus. La menace principale identifiée : la détection et la surveillance de capacités sensibles. En novembre 2024, le Pentagone a désigné NORTHCOM comme coordinateur national des activités anti-drones sur le territoire continental, déployant en mars 2026 son premier Flyaway Kit opérationnel – un système intégrant intercepteurs Anvil d’Anduril, guerre électronique et surveillance infrarouge par intelligence artificielle – lors de l’opération Epic Fury contre l’Iran.
H.R.1187 : l’offensive législative pour une déclassification totale
Parallèlement au NDAA, une autre initiative législative vise à forcer la main de l’exécutif. Le projet de loi H.R.1187, baptisé UAP Transparency Act et déposé le 11 février 2025 par les représentants Tim Burchett, Jared Moskowitz et Anna Paulina Luna, imposerait au Président de diriger toutes les agences fédérales à déclassifier et publier l’intégralité de leurs documents, rapports et archives relatifs aux UAP dans un délai de 270 jours suivant son adoption. Des rapports trimestriels au Comité de surveillance de la Chambre et au Comité sénatorial de la sécurité intérieure seraient obligatoires.
Référé au Comité de surveillance et de réforme gouvernementale dès son dépôt, le texte y reste en discussion, avec des chances estimées à seulement 15% par GovTrack de sortir du comité. Néanmoins, la mobilisation parlementaire s’intensifie : David Grusch, l’ancien lanceur d’alerte qui a témoigné sous serment en 2023 devant le Congrès sur l’existence présumée de programmes de récupération d’engins non humains, a rejoint en mars 2025 le bureau du représentant Eric Burlison comme conseiller spécial pour promouvoir la transparence UAP.
L’obstacle persistant de la surclassification
Malgré ces avancées législatives, des voix influentes jugent les mesures insuffisantes. Christopher Mellon, ancien sous-secrétaire adjoint à la Défense pour le renseignement et actuel président de The Disclosure Foundation, a critiqué vigoureusement la surclassification systématique par le Pentagone de documents UAP auparavant non classifiés, une pratique contraire aux normes des ordres exécutifs. En mars 2025, lors de réunions à huis clos au Capitole avec les représentants Luna, Burchett et Burlison, Mellon a réclamé un accès complet de l’AARO aux données spatiales et aériennes, ainsi qu’une publication régulière de vidéos UAP.
L’AARO a publié en 2025 un document d’information sur ses processus de déclassification, expliquant que la protection des capacités militaires sensibles, des métadonnées des systèmes de détection et des sources du renseignement justifie le maintien du secret. Un exemple donné : une image d’objet ordinaire prise par une caméra de F-35 reste classifiée non pour l’objet lui-même, mais pour protéger les spécifications techniques du capteur. Jordan Flowers, de la Disclosure Foundation, qualifie les dispositions du NDAA de « encourageantes », mais reconnaît qu’elles ne suffisent pas à briser le mur de la classification.
Entre promesses et désillusions
En mai 2026, l’administration Trump a lancé PURSUE (Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters), publiant de nouveaux fichiers UAP jamais vus auparavant, incluant des images de missions militaires 2024-2025 et des archives Apollo. Toutefois, la publication a suscité des réactions mitigées sur la qualité informative réelle des documents déclassifiés. Le FY2024 NDAA imposait déjà la création d’une collection UAP aux Archives nationales avec transfert obligatoire de tous documents d’ici le 30 septembre 2025, mais le processus s’avère laborieux.
L’AARO, submergé par sa charge croissante de rapports – plus de 2000 cas recensés en février 2026 –, a lancé en mai 2025 une consultation pour développer un système de gestion de cas sur réseau JWICS (top secret/SCI). Cette professionnalisation administrative témoigne d’une institutionnalisation progressive du sujet UAP au sein de l’appareil fédéral.
Un tournant politique encore incertain
Les dispositions du NDAA FY2026 et la potentielle adoption du H.R.1187 marquent un tournant législatif indéniable. Pour la première fois, le Congrès dispose d’outils contraignants pour forcer le Pentagone à documenter et partager ses interactions avec des phénomènes aérospatiaux inexpliqués. Mais comme l’a averti Christopher Mellon, « le monde n’est pas prêt » pour ce que révélera une divulgation complète, suggérant des implications déstabilisantes pour les institutions religieuses, scientifiques et philosophiques.
Entre avancées timides et résistances bureaucratiques, la bataille pour la transparence UAP ne fait que commencer.
Sources
- DefenseScoop – Congress wants to know more about the military’s UAP intercepts around North America
- GovTrack – H.R.1187 UAP Transparency Act
- The Disclosure Foundation – NDAA 2026 UAP provisions analysis
- U.S. Senate Armed Services Committee – General Guillot testimony on drone threats
- AARO – Declassification Process Information Document 2025