Le 29 juin 2026, un colloque UAP à l’Assemblée nationale réunit pour la première fois des chercheurs, des militaires et des représentants institutionnels dans l’enceinte du Parlement français. L’événement, intitulé « La recherche sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés : au-delà des fantasmes », marque une étape concrète dans la légitimation scientifique du dossier UAP en Europe. Deux députés de bords politiques opposés portent l’initiative, signal d’une convergence rare sur un sujet longtemps marginalisé.
Un colloque bipartisan pour sortir les UAP des marges
Le député Arnaud Saint-Martin, élu La France insoumise – Nouveau Front Populaire, et le député Pierre Henriet, Horizons & Indépendants, co-organisent l’événement. Leur démarche est délibérément bipartisane. Saint-Martin est sociologue des sciences. Henriet est mathématicien et ancien président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Ensemble, ils choisissent un intitulé volontairement distancié de tout folklore : « au-delà des fantasmes ».
La salle Victor-Hugo de l’Assemblée nationale accueille la séance de 15h à 19h. Cet ancrage institutionnel n’est pas anodin. Il adresse un signal clair à la communauté scientifique française et aux décideurs politiques européens : les phénomènes aérospatiaux non identifiés méritent un traitement rigoureux, fondé sur les données.
Le GEIPAN et la commission Sigma2 au cœur des débats
Le colloque réunit des intervenants issus de plusieurs horizons. Frédéric Courtade, directeur du GEIPAN depuis janvier 2024, et l’expert Gilles Munsch représentent le Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, rattaché au CNES à Toulouse. Des militaires participent également. La commission Sigma2 de l’Association aéronautique et astronautique de France (3AF) est présente. Le sociologue Pierre Lagrange et l’anthropologue Jérôme Lamy apportent un éclairage en sciences humaines.
Le data chercheur Michael Vaillant plaide pour l’établissement de standards internationaux. Selon lui, ces standards permettraient de fonder une nouvelle science des UAP, comparable aux protocoles en usage dans d’autres disciplines d’observation. Pierre Lagrange, de son côté, dénonce l’obsession à trouver de l’irrationnel dans chaque cas non résolu, et pointe la montée du complotisme depuis les années 1990 comme un obstacle épistémique majeur.
Le GEIPAN : une institution française qui traite les cas depuis 1977
La France dispose d’un outil institutionnel rare. Le GEIPAN, créé en 1977 sous le nom GEPAN, est l’un des seuls organismes gouvernementaux au monde à étudier officiellement les phénomènes aérospatiaux non identifiés. Il a évolué en SEPRA en 1988, puis en GEIPAN en 2005. L’équipe permanente compte quatre personnes, assistées d’une vingtaine d’enquêteurs bénévoles et d’autant d’experts externes.
Sur l’ensemble des cas archivés, environ 3 % sont classés en catégorie D : inexpliqués malgré la précision des données disponibles. Ce chiffre, modeste en proportion, représente néanmoins un corpus documenté qui justifie, selon les organisateurs du colloque, une attention scientifique soutenue. Le GEIPAN est piloté par le COPEIPAN, comité réunissant des représentants de la Gendarmerie, de la Police, de l’Armée de l’air et du CNES.
Un contexte international en pleine mutation
Ce colloque UAP à l’Assemblée nationale s’inscrit dans une dynamique internationale que la France ne peut ignorer. Aux États-Unis, le Congrès multiplie les auditions publiques sur les UAP depuis 2022. L’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office) publie régulièrement ses rapports. En mai 2026, le Pentagone a procédé à de nouvelles déclassifications de dossiers liés aux phénomènes non identifiés. Ces fichiers UAP déclassifiés par le Pentagone illustrent l’ampleur de l’ouverture des archives américaines, que nos confrères d’ENIGMA-RESOLVE ont analysée en détail. Par ailleurs, la publication d’images UAP officielles issues du Département de la Guerre a également alimenté le débat transatlantique ces dernières semaines.
En Europe, en revanche, les initiatives parlementaires restent rares. Le Centre italien d’études ufologiques (CISU), qui a relayé l’annonce de ce colloque, souligne la portée symbolique de l’événement pour la légitimation institutionnelle européenne du dossier.
Rigueur scientifique contre récupération spectaculaire
Les organisateurs insistent sur un point : l’objectif n’est pas de valider des hypothèses extraterrestres ni de nourrir le spectacle médiatique. Il s’agit d’établir des protocoles d’observation, de partager les données existantes et de définir un cadre méthodologique commun. Le titre du colloque le dit explicitement : dépasser les fantasmes.
Cependant, cette ambition de rigueur se heurte à un paradoxe. Toute initiative institutionnelle sur les UAP attire inévitablement une attention médiatique qui déborde le strict périmètre scientifique. Franceinfo, LCP, Le Parisien et Ciel & Espace ont couvert l’événement. Ce rayonnage médiatique peut servir la cause de la recherche sérieuse — ou la desservir si le traitement glisse vers le sensationnalisme.
Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si les UAP méritent d’être étudiés. Les données du GEIPAN, les rapports de l’AARO et les cas officiellement non résolus publiés par le Pentagone répondent par l’affirmative. La question est de savoir si les institutions françaises et européennes disposent de la volonté et des moyens pour construire une science des UAP digne de ce nom. Ce colloque constitue un premier pas documenté. La suite dépendra des engagements concrets qui en découleront.
Articles connexes
- fichiers UAP déclassifiés par le Pentagone
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- cas officiellement non résolus publiés par le Pentagone