Depuis le 26 octobre 2025, les directives UAP pour les pilotes américains ont force réglementaire : la Federal Aviation Administration a publié la notice N7110.800, qui impose un signalement officiel des phénomènes aériens anormaux. En Europe, aucun dispositif équivalent n’existe. La UAP Coalition Netherlands tire la sonnette d’alarme.
Une notice FAA qui change les règles du jeu
Le 26 octobre 2025, la FAA publie la notice N7110.800. Ce texte réglementaire impose aux pilotes et aux contrôleurs du trafic aérien américains de signaler systématiquement toute observation d’UAP (Unidentified Anomalous Phenomena) via des canaux officiels de sécurité. L’objectif est clair : collecter des données exploitables pour améliorer la sécurité de l’espace aérien.
La notice ne reste pas longtemps un texte isolé. Le 22 janvier 2026, la FAA l’intègre dans son ordre permanent JO 7110.65, le manuel de référence du contrôle aérien américain. Dans le même mouvement, la section 7-7-4 de l’AIM (Aeronautical Information Manual) est rebaptisée Unidentified Anomalous Phenomena Reports. Le terme UFO disparaît officiellement du vocabulaire réglementaire. Désormais, tout signalement remonte à l’équipe NTSO ATSC via le réseau DEN.
En d’autres termes, les UAP ne relèvent plus du domaine anecdotique. Ils entrent dans le champ formel de la gestion des risques aériens.
Pourquoi les directives UAP pour les pilotes européens font défaut
De l’autre côté de l’Atlantique, la situation diffère radicalement. La UAP Coalition Netherlands l’affirme dans une analyse publiée sur son site : l’Europe ne dispose d’aucun protocole officiel comparable. Les pilotes européens observent eux aussi des phénomènes inexpliqués. Pourtant, ils n’ont aucun canal dédié pour les signaler de façon structurée.
Cette lacune n’est pas anodine. En l’absence de protocole, les observations restent éparpillées, non centralisées, souvent tues par crainte du ridicule ou du préjudice professionnel. Les données potentiellement utiles à la sécurité aérienne se perdent. Selon la Coalition, cette situation constitue un risque opérationnel réel.
Par ailleurs, la Commission européenne et l’EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) ne semblent pas avoir intégré les UAP dans leurs priorités réglementaires récentes. Le Plan Européen pour la Sécurité Aérienne 2026, publié en décembre 2025, identifie de nouveaux risques — feux en vol dans des zones inaccessibles, carburants synthétiques hors normes — mais ne mentionne pas les phénomènes aériens anormaux. L’EASA reste silencieuse sur le sujet.
Un précédent américain qui s’impose comme référence
La démarche de la FAA s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis 2021, le gouvernement américain multiplie les initiatives institutionnelles sur les UAP. Le Congrès a créé l’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office). Le Pentagone a déclassifié plusieurs dossiers. La FAA, en publiant la notice N7110.800, prolonge cette logique dans le domaine civil et opérationnel.
Cependant, il convient de distinguer ce que cette réglementation prouve de ce qu’elle suggère. La notice N7110.800 ne valide pas l’hypothèse extraterrestre. Elle reconnaît simplement que des phénomènes non identifiés existent dans l’espace aérien, qu’ils représentent potentiellement un risque, et qu’ils méritent une procédure de signalement rigoureuse. C’est une décision de gestion des risques, pas une déclaration ontologique.
En revanche, selon la UAP Coalition Netherlands, cette décision constitue un précédent réglementaire fort. Elle démontre qu’une grande autorité de l’aviation civile peut intégrer les UAP dans ses procédures sans sortir du cadre scientifique et opérationnel.
L’appel aux autorités européennes
La Coalition néerlandaise adresse un message direct aux décideurs européens. Elle demande que l’EASA et les autorités nationales d’aviation civile s’inspirent du modèle FAA. En février 2026, elle a également interpellé le gouvernement néerlandais pour la création d’un point de signalement national dédié aux observations aériennes non identifiées.
La demande n’est pas de créer une cellule de chasse aux extraterrestres. Il s’agit d’instaurer un protocole simple, analogue à ceux qui existent pour les quasi-collisions ou les défaillances techniques : recueillir les données, les centraliser, les analyser.
En outre, l’harmonisation réglementaire entre les deux côtés de l’Atlantique représente un enjeu pratique. De nombreux vols traversent à la fois l’espace aérien américain et européen. Un pilote formé aux procédures FAA se retrouve sans cadre dès qu’il survole l’Europe. Cette asymétrie fragilise la cohérence du système de sécurité global.
Vers un retard réglementaire européen ?
La question posée par la UAP Coalition Netherlands est en réalité simple. Si la FAA juge le signalement des UAP suffisamment important pour l’inscrire dans son manuel de référence, pourquoi l’Europe attendrait-elle ? La sécurité aérienne ne s’arrête pas aux frontières de l’espace aérien américain.
L’EASA dispose des outils institutionnels nécessaires pour agir. Elle a déjà su intégrer rapidement de nouveaux risques dans ses plans stratégiques. Les UAP pourraient constituer le prochain dossier sur sa table — à condition que la pression réglementaire et institutionnelle s’organise. La balle est désormais dans le camp européen.
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