La demande de vidéos UAP au Pentagone a franchi un seuil documentaire rarement atteint dans l’histoire du Congrès américain. Le 31 mars 2026, la représentante Anna Paulina Luna a envoyé une lettre formelle au secrétaire à la Défense Pete Hegseth, réclamant la publication de 46 fichiers vidéo militaires classifiés — dont 45 jamais diffusés au public. Plusieurs mois plus tard, la chronologie de cette affaire révèle autant les avancées que les résistances persistantes au sein de l’appareil de défense.
Une demande de vidéos UAP au Pentagone d’une précision documentaire inédite
La lettre de Luna ne ressemble à aucune requête parlementaire antérieure sur les phénomènes aériens non identifiés. Elle ne formule pas une demande générale d’accès aux archives du Pentagone. Elle cite chaque enregistrement par titre, date, localisation géographique et indicatif d’aéronef. Cette granularité change radicalement la nature du rapport de force entre le Congrès et le département de la Défense.
Les 46 vidéos couvrent des zones opérationnelles variées : Irak, Syrie, Golfe Persique, mais aussi des espaces civils américains comme l’aéroport de Columbus en Ohio et le lac Huron, théâtre en février 2023 d’un incident impliquant un F-16 ayant abattu un objet non identifié. Selon le site iUFODB, qui a publié une analyse documentée de la démarche le 12 avril 2026, des formations UAP au-dessus de l’Iran et de la mer de Chine orientale figureront également parmi les enregistrements concernés.
La lettre s’appuie sur une préoccupation explicite de sécurité nationale. Elle indique que la présence de UAP dans et autour des espaces aériens sensibles des installations militaires américaines constitue une menace. Cette formulation dépasse le cadre habituel de la transparence : elle positionne la déclassification comme un impératif opérationnel, pas seulement démocratique.
Le Pentagone ignore la deadline du 14 avril 2026
La Task Force de la Chambre des représentants sur la déclassification des secrets fédéraux avait fixé une date limite au 14 avril 2026. Le Pentagone ne l’a pas respectée. Face à cette inaction, Luna a menacé d’émettre des assignations formelles — des subpoenas — pour contraindre le département de la Défense à produire les documents.
Par ailleurs, des sources internes citées par iUFODB affirment que des observateurs au sein de la communauté du renseignement surveillent activement les fichiers concernés. Leur objectif : détecter tout déplacement, toute altération ou toute suppression avant une éventuelle publication. Cette précaution suggère que la méfiance vis-à-vis d’une destruction préventive de preuves structure désormais la stratégie des parlementaires favorables à la transparence.
En outre, la démarche de Luna s’appuie sur des témoignages recueillis lors d’une audience du 9 septembre 2025. Des lanceurs d’alerte y ont affirmé que l’AARO — le Bureau de résolution des anomalies de tous les domaines — détenait des enregistrements vidéo supplémentaires jamais divulgués. Cette audience constitue le socle documentaire direct de la lettre du 31 mars 2026.
Le 15 mai 2026 : une revue terminée, une publication annoncée
Le 15 mai 2026, Luna a publié une photo sur le réseau social X aux côtés de Jon Kosloski, directeur de l’AARO. Elle y annonce la fin de la revue de plus de 40 vidéos, qualifiées de prêtes à la déclassification dans les semaines suivantes. Cette déclaration constitue une avancée concrète. Elle confirme que la pression parlementaire a produit un résultat, même partiel.
Cependant, l’annonce ne précise ni calendrier exact ni liste définitive des fichiers concernés. L’écart entre les 46 vidéos réclamées et les plus de 40 évoquées par Luna reste à élucider. Il est trop tôt pour affirmer que la totalité des enregistrements sera rendue publique.
L’AARO face à une base de données qui s’élargit
En parallèle, l’AARO poursuit sa collecte de rapports. Sa base de données dépasse désormais 2 400 observations enregistrées. Son rapport annuel consolidé pour l’exercice fiscal 2025, publié vers le 21 juillet 2026, fait état de 319 nouveaux rapports entre juin 2024 et mai 2025. Parmi eux, l’agence a résolu 114 cas — identifiés comme ballons, oiseaux ou satellites. Les 205 cas restants demeurent sous enquête active ou non résolus.
Un cas retient particulièrement l’attention : la Navy a signalé environ 100 objets aériens et deux systèmes de surface probablement non habités au large de la Virginie. Ce dossier reste sous enquête active, selon le rapport FY2025 de l’AARO. Il illustre la nature hybride des phénomènes recensés, qui débordent largement le cadre des anecdotes isolées.
De plus, début septembre 2026, le Pentagone a émis un contrat avec le National Unidentified Flying Object Historic Records Center du Nouveau-Mexique. Cet organisme détient la plus grande collection privée de dossiers historiques UAP en Amérique du Nord. L’objectif : accéder numériquement aux données pré-1990, conformément au mandat congressionnel de révision historique depuis 1945. Cette démarche parallèle montre que la transparence UAP s’organise désormais sur plusieurs fronts simultanément.
Ce que cette affaire révèle — et ce qu’elle ne prouve pas encore
La demande de vidéos UAP au Pentagone formulée par Luna représente une étape documentaire significative dans le processus de déclassification américain. Elle démontre que le Congrès dispose désormais d’informations suffisamment précises pour cibler des fichiers spécifiques — ce qui implique l’existence de sources internes fiables.
En revanche, la nature des phénomènes captés sur ces 46 vidéos reste inconnue à ce stade. Leur publication éventuelle permettra peut-être d’alimenter l’analyse cinématique et documentaire que réalisent les chercheurs spécialisés. Mais elle ne résoudra pas mécaniquement la question de l’origine ou de la nature des objets filmés. La transparence est une condition nécessaire à l’enquête. Elle n’en est pas la conclusion.
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